L'accouchement

Lundi 10 mars – vers 4h du matin

 

Je me réveille en pleine nuit, comme souvent maintenant... Moi qui habituellement ne me lève jamais pour aller aux toilettes la nuit (j'ai coutume de dire que ma vessie est bien dressée), j'ai du mal à supporter de devoir lever ma masse de baleine plusieurs fois par nuit maintenant... Le mouvement lui-même est particulièrement difficile à effectuer : d’abord rouler sur le côté, puis avancer les jambes, et enfin prendre appui sur ses bras pour redresser le buste... et le ventre !

Enfin ça y est... pour rien bien sûr, puisque je n'ai pas REELLEMENT envie, c'est juste le petit bout dans mon ventre qui appuie là où il ne faut pas, comme d'hab. Mais cette nuit c'est quand même la... non ! Quand même pas la huitième fois ! Là, elle exagère ! Chérie, tu ne peux pas laisser maman dormir un peu, il lui faudra des forces dans quelques jours (encore une dizaine) pour l'accouchement...

Euh... maintenant que j'y pense... ça ne ressemble pas aux sensations des autres nuits, ça... en plus toutes les heures ça fait beaucoup...

OH MON DIEU ! Ca y est, je vais avoir mon bébé, mon Dieu, mon Dieu, mais mon mari n'est même pas là cette nuit, puisque l'ANPE l'a envoyé en formation au Diable Vauvert ! Mais je ne peux pas accoucher sans lui, j'ai besoin de sa présence à mes côtés... et il faut appeler Tata Manu l'infirmière aussi... et les parents, et Tata marraine, sa filleule va arriver !

Bon, pas de panique, je fais quoi moi, là, maintenant, tout de suite... Ah oui, la sage-femme des cours de préparation à l'accouchement a dit qu'il pouvait se passer des heures, voire des jours avant l'accouchement, une fois que les contractions ont commencé... Bon, il faut d'abord chronométrer ces foutues contractions pour savoir où j'en suis. Bon, pour l'instant, c'est pas d'un chronomètre que j’ai besoin, donc tout va bien, elles sont espacées d'une heure environ.

Alors je fais quoi ? Il n'y a pas d'urgence, je suis fatiguée, je ne vais pas réveiller quelqu'un à cette heure-ci pour si peu, donc retour au dodo. Mais j'ai du mal à retrouver le sommeil, je suis à la fois anxieuse, excitée, fatiguée... En attendant le retour du sommeil, je parle doucement à ma fille, lui explique ce qui va se passer ensuite et lui demande d'arrêter ses sauts périlleux : Maman va avoir besoin de toutes ses forces, et apparemment dans quelques heures seulement.

Tout à l'heure, je vais avoir de la visite, Mémère voulait me voir une dernière fois avec mon gros bide avant l'accouchement, elle va débarquer avec Mamoune et Tata Manu (ma p'tite sœur), ça tombe bien je vais être bien entourée !

Allez ma puce fais dodo et à toute à l'heure...

 

Lundi 10 mars – vers 10h du matin

 

Il fait bien jour maintenant, et Mémère et Mamoune arrivent de Cherbourg exprès pour me voir avant que je n'accouche. En passant elles ont récupérer Manu, qui n'habite pas très loin de chez moi...

Ce qu'elles ne savent pas, c'est que l'accouchement va sans doute avoir lieu BIEN plus tôt qu'elles ne le croient... Dès leur arrivée, je leur annonce "Les contractions ont commencé cette nuit, maintenant elles sont toutes les demi-heures... Vent de panique aussitôt calmé, non, non, pas la peine de partir tout de suite à la clinique, on me renverrait, c'est trop tôt. Alors on papote, on papote, et toutes les 30 minutes, une forte douleur DANS LE BAS DU DOS, oui oui, dans le bas du dos. Ce n'est pas habituel, mais ça arrive, ce n'est pas trop grave, même si j'aurai bien aimé qu'on m'en parle avant. Et je pense que ça tire sur ma sciatique, les deux douleurs se mêlent. Enfin, maintenant, je n'ai plus l'impression de devoir aller aux toilettes, je sens bien la différence...

Mon mari est prévenu, mais il va aller en cours normalement aujourd'hui, il rentrera ce soir... il va rater sans doute suffisamment de cours cette semaine !

 

Le programme de la journée était d'aller manger dehors ce midi, ma chérie tu préfères qu'on reste ici, c'est plus prudent, non ? Non maman, je veux aller au resto, je n'irai sans doute pus de sitôt !

Alors nous voici en route pour le Buffalo Gril. J'aime bien cette chaine, c'est sympa. Et leur coupe Americana... à tomber ! Nos voisins de table et les serveurs ouvrent de grands yeux bien ronds en voyant mon ventre, et manquent s'étouffer quand toutes les 30 minutes (toujours) ils me voient toute crispée, toute rouge pendant environ une minute. Mamoune me frotte le dos avec compassion et beaucoup d'amour...et s'inquiète "Tu es sûre que tu ne veux pas qu'on t'emmène à la clinique ma chérie" " Mais non, mes contractions ne sont pas assez rapprochées, je préfère être ici avec vous plutôt que de me retrouver dans une chambre d'hôpital... En plus je ne partirai pas d'ici sans avoir mangé ma coupe Americana !"  Bon, bien sûr cette réplique est passée à la postérité dans la famille : "Elle ne voulait pas aller accoucher sans avoir fini sa glace, vous vous rendez compte !"  Elle dénote que je suis à la fois

1 - très zen, ce qui est vrai et faux à la fois. Ce n'est pas tant que je ne suis pas stressée, c'est surtout que j'ai peur qu'on me renvoie chez moi, ou de passer des heures et de heures dans une chambre de pré-accouchement, où je n'aurai ien pour me distraire de la douleur des contractions. Parce qu'elles font mal, ces garces, mais brièvement, et la conversation permet de me distraire entre deux...

2 - très gourmande, et ça c'est... malheureusement vrai !

 

Lundi 10 mars – vers 20h…

 

Mamounette et Mémère sont reparties à Cherbourg, Manu a aussi regagné ses pénates et mon chéri est rentré à la maison. Mes contractions sont plus rapprochées, mais pas du tout régulières. Je m'accroche à cette idée. La sage-femme a bien dit que le bon moment pour partir à la maternité, c'est quand les contractions sont rapprochées ET régulières, alors j'attends encore. Mais la douleur devient de plus en plus forte. Pour "passer le temps", j'aide mon mari a faire des exercices d'anglais... c'est pas son point fort.  Je regarde la télé, je dine léger...

 

Le temps me paraît de plus en plus long, la douleur de plus en plus forte, je ne sais plus comment me mettre. Mes contractions sont toujours dans le dos, c'est très bizarre, je regarde sur le net, il paraît que c'est dû à la position du bébé, qui met son dos contre le dos de la maman... C'est ce qu'on appelle un "accouchement par les reins". Sur les forums on dit aussi que la douleur est plus forte pour ces accouchements... Ouaip, ben regarder sur Internet c'était pas une idée brillante, en fin de compte...

 

Passé minuit, je n'en peux vraiment plus, dois-je y aller, dois-je encore attendre ? J'appelle ma sœur pour avoir son avis. Avec sa diplomatie habituelle, elle m'assène un "si t'as mal, tu y vas et puis c'est tout, arrête de te poser des questions !" Me poser des questions, moi ? pas mon genre...

 

Bon. Alors avec mon chéri, nous faisons tranquillement mon sac et celui de bébé, enfin il s'agit plus de finir de faire les sacs, les compléter avec les objets que j'utilise au quotidien. Ensuite, direction la maternité. Surprise, c'est la tempête cette nuit-là... et pour aller de chez nous à la clinique, il faut traverser un grand viaduc, la voiture tangue, pas rassurant, et moi qui n'en finit plus d'avoir des contractions, elles se rapprochent...

 

Nous arrivons à la maternité vers une heure moins le quart.

 

Mardi 11 mars – vers 1h du matin…

 

Arrivés à la maternité, fermée bien évidemment vue l'heure, mon mari sonne à l'interphone pendant que je m'allonge presque sur le trottoir !

"Bonjour c'est pour quoi ?"

"Euh ben un accouchement..." Qu'est-ce qu'ils croient, qu'on est venus jouer à la belote ?

Un petit jeune vient nous ouvrir et nous emmène dans une salle de pré-accouchement.

"Une sage-femme va venir vous examiner."

Tout est très calme, c'est une atmosphère très étrange. La sage-femme m'examine "Vous êtes à 6 cm, c'est très bien on va aller directement dans la salle d'accouchement."

Cool, j'ai bien fait d'attendre. 6 cm, c'est presque la fin (j'ai bien dit presque) ! Je sais déjà que, sauf problème, je n'en ai pas pour très longtemps... Donc lors d'un accouchement, règle n°1 : ne pas se précipiter à la maternité.

 

Dans la salle d'accouchement on me fait passer une blouse, et rien d'autre. Ah oui, règle n° : oublier toute pudeur, toutes les personnes qui vont et viennent dans la salle vont voir mon intimité... Mais bon, j'ai d'autres choses en tête, hein ?

Très rapidement, l'anesthésiste me fait une piqûre : la péridurale. Ouf, comme j'ai des problèmes de dos, il y avait un risque qu'elle ne soit pas possible... Mais tout va bien, la douleur se calme, je suis bien... On pose un moniteur sur mon ventre pour mesurer le rythme cardiaque du bébé.

Dans cette belle clinique toute neuve, les salles d'accouchement disposent d'une télé, mais à cette heure-ci il n'y a plus grand-chose à regarder... Avec mon chéri on zappe, on rigole, mais le moniteur cardiaque n'arrête pas de glisser. Vous imaginez la frayeur la première fois qu'il glisse : d'un coup vous n'entendez plus les battements du petit cœur qui emplissent la pièce, et une alarme retentit ! L'auxiliaire de puer vient le remettre et nous rassure vite heureusement ! Et elle coupe l'alarme pour la fois suivante "vous inquiétez pas ça arrive tout le temps..." Ben voyons... Grrr...

 

Mardi 11 mars – vers 3h du matin…

 

L'obstétricien débarque, le travail à proprement dit commence, Bébé commence à descendre tranquillement, les contractions aident (oui, je sais, c'est à ça qu'elles servent, What else ?).

 

Et puis : "Maintenant faites une pause, avant l'expulsion à proprement parler, il faut attendre encore un peu, que le col soit tout à fait prêt à le laisser passer, il faut le laisser travailler un peu"

Quoi, arrêter ? Mais il est où le bouton pause, moi je le vois pas. Il est gentil lui, les contractions elles s'arrêtent pas, elles, elles sont très fortes, et en plus la péri ne fait plus vraiment effet.

Je suis obéissante, j'essaie de ne plus pousser, en plus il est parti aider à côté, apparemment un accouchement "difficile", alors mon homme essaie de me distraire, on zappe à nouveau, les clips, un docu sur Céline Dion sur M6... Oui mais les contractions ne font que s'accélérer, maintenant elles durent plus longtemps que les pauses, et elles font TRES mal, Nom de D...

Il est où l'accoucheur ? Et je sens la tête du petit bout qui pousse pour sortir, et les contractions m'incitent fortement à pousser aussi, alors tant pis si ça continue je fais ça sans lui, moi...

 

Finalement il revient à temps, et me dit "tout va bien ici..." C'est même pas une question, c'est carrément une affirmation. Il me monte comme une envie de lui faire ravaler son sourire. "Oui ben ça fait mal quand même, il fait plus effet votre truc !" Mon ton n'est peut-être pas des plus aimables... tant pis ! Le sketch de Kavanagh me revient soudain en mémoire... La crise d'hystérie n'est pas loin.

 

"Bon allez-y maintenant Madame, poussez"

Je me souviens des conseils de la sage-femme "Essayez de pousser le plus longtemps possible, pendant toute la durée de la contraction, ça sera beaucoup plus efficace"

Alors je pousse, avec une grrrraaaaaaaaande expiration, on dirait que j'essaie de faire un concours avec la contraction, mais rien n'y fait, elle gagne à tous les coups, c'est elle qui tient le plus longtemps, moi il faut que je reprenne ma respiration. Mais apparemment je ne m'en sors pas si mal, le Monsieur a l'air content de moi. "C'est très bien Madame", "Vous faites du très bon boulot"... Je me doute qu'il dit la même chose à chacune, mais ça fait quand même plaisir.

"Bon je vais faire une petite incision pour éviter les déchirements" Hein quoi, ben j'ai rien senti du tout. Il faut dire que tous mes capteurs de douleurs sont déjà à fond là, alors... un peu plus un peu moins.

 

Et puis soudain, plop !

Bon d'accord, en vrai, y'a pas eu de plop, mais c'est l'impression que ça m'a fait... D'un coup, plus de pression, plus de douleur. "Ca y est la tête est passée" Faut croire qu'elle a une grosse tête ma puce !

"All by myself, anymooooooooooooore"

Super, à la télé c'est encore Céline qui chante : le premier son extra-utéro que ma fille aura entendu, c'est Céline Dion ! Ca aura des conséquences vous croyez ?

Une petite pirouette pour remettre Bébé dans le bon sens, et les épaules passent à leur tour.

"Tendez les bras Madame" Incroyable, c'est moi qui achève de la sortir, et l'auxiliaire de puer m'aide à la poser sur mon ventre. Le mouvement rapide déclenche le premier cri de celle que ma mère appelle encore aujourd'hui Sérénade... Oui l'exemple de Céline n'est pas loin !

D'instinct la petite gourmande cherche quelque chose à téter... mon sein n'est pas loin, elle le trouve du premier coup ! Et elle me regarde droit dans les yeux... la plus belle chose au monde...

 

Il est 3h40 du matin.

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